jeudi 15 avril 2010

LE CRÉDIT AGRICOLE- un maillon dans la chaine de croissance

L’existence fictive d’instance de crédit agricole en Haïti, constitue l’un des problèmes majeurs à juguler. On rapporte que : le bureau du crédit agricole (BCA), seul organisme public autonome actuellement en état de fonctionnement, crée par la Loi du 17 Septembre 1963 et placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR) connait depuis plus de 12 ans une forte érosion de son capital, diminuant ainsi sa capacité à satisfaire une demande de crédit de plus en plus croissante. De leurs côtés, les institutions privés de Micro finance (IMF), selon les derniers rapports, jugent trop élevé le risque à encourir dans ce secteur et parlent de sa faible rentabilité. Ces jugements sont corroborés par le fait que l’Agriculture ne représente qu’environ 20% des investissements de ces instances, le paquet étant mis sur les activités commerciales. Force est de constater ici que soutenir les activités commerciales, sans tenir compte avec le même intérêt, de la production nationale, c’est alourdir le poids des importations dans la balance commerciale et par ricochet alourdir notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur, qui s’accorde harmonieusement avec l’explosion de la dette publique déjà obérée par un déficit budgétaire pharaonique, legs de plus de deux décennies de laxisme.

Notre économie reste tant bien que mal dominée par un secteur agricole important qui occupe la majeure partie de la population active (soit plus de 70%), néanmoins, elle est un secteur à faible productivité, ne contribuant à peine qu’à environ le tiers du PIB du pays, faute d’investissements. Il est vrai que le secteur privé à travers ses investissements, constitue un incontournable moteur de croissance, mais n’ignorons pas qu’il est guidé par ses intérêts, la recherche du profit maximum et que tout éveil social de sa part est généralement conditionné. Ce qui met à nu les responsabilités de l’Etat dans la dynamique d’insertion de ces millions de personnes du monde rural dans le processus de développement.

Coup d'oeil sur le monde rural

Il est un fait certain que l’instabilité et l’insécurité politiques chroniques en Haïti, l’ont beaucoup affectée, mais les handicaps naturels constituent un problème de taille. Des vallées jadis très fertiles, des montagnes autrefois boisées, il ne reste souvent que terres infertiles et érosion par suite de déforestation et de surpopulation. C’est ainsi que les sources qui alimentaient la capitale en eau ont disparus les unes après les autres. En coupant les arbres pour le charbon, et toute autres formes de combustibles dont la demande augmente avec la population, on aggrave le phénomène irrémédiable de l’’erosion et par voie de conséquence, faisons disparaître la fertilité du sol. Le diagnostic de l’expert français J. Crosnier est malheureusement déconcertant : la capacité nourricière du sol ne peut plus permettre l’alimentation d’une population qui a maintenant dépassé la barre des 9 millions d’individus. Une grande partie de la population se livre ainsi dans l’alternative de la périlleuse aventure maritime et le reste ne survit que des miettes de l’aide alimentaire directe ou indirecte.

Point n’est besoin de convaincre quiconque de la faiblesse des revenus ruraux. La « banque » des paysans a été à plusieurs reprises cambriolées, sans réparation ni restitution ; quand ce n’est pas la perte des porcs, c’est celle de la production vivrière, l’économie rurale est bancale. De plus, l’absence de scolarisation effective et efficiente et l’inégalité dans l’alphabétisation relèguent toute cette partie de la population dans un relatif archaïsme, profitable à certains. Mais nous devons penser à cette phrase de Lancelot Hogben disant : « […] toute nation porte les germes de sa propre perte si elle néglige l’instruction des masses… »

Le blocage social et foncier est pesant : la colonisation a légué un modèle social fondé sur la grande propriété ; il faut détenir de vastes domaines pour être un notable, - appartenir à l’élite- ainsi, la grande majorité se trouve victime des caprices d’une frange insoucieuse.

Nous prônons haut et fort la constitution d’une « communauté paysanne »robuste. Une réforme agraire qui permettrait d’intensifier les cultures et doter la société d’une paysannerie petite et moyenne bien plus large apte à servir de levier à la consommation de masse de produits de base et contribuant ainsi à l’essor de l’industrialisation, pour former une « chaîne de croissance »vers le développement.

Alléger le poids des handicaps naturels, atténuer les déséquilibres sociaux, doit permettre de ralentir cette fuite massive des ruraux et d’élargir les débouchés pour les produits locaux.

Vers l'autre HAITI

Haïti, cette terre qui fut le théâtre du «miracle économique » est jalonnée de plus en plus de crises, les une plus terribles que les autres. La gestion du quotidien devient la spécialité des plus prestigieux techniciens et leaders, et la quête d’une issue dans une logique de sauve qui peut, une aventure de choix. Pourtant, toute approche défaitiste doit être évitée, puisqu’au-delà de l’état des choses planent aussi des opportunités.

En effet, la crise est une occasion propice pour faire un face à face avec soi-même, une occasion difficile, douloureuse mais aussi formidable pour oser surmonter ses barrières. Aujourd’hui se crée pour nous une large une large possibilité d’influer sur l’avenir et façonner cette Autre Haïti qui tant nous attise les sens les plus poussés de notre patriotisme souvent branlant. Cette Haïti sur la voie du développement, ce qui stipule le bien-être des citoyens, la transformation des modes de vie, transformation au niveau des mentalités, au niveau de l’aménagement du territoire, au niveau de l’instruction. Des transformations sont aussi nécessaires au niveau des rapports sociaux et politiques ; comme le statut des femmes, piliers de la société, et le renforcement des acquis démocratiques si souvent bafoués. Des transformations qui sont tributaires des la croissance économique (augmentation de la production sur une longue période), un chemin qui n’est pas exempt d’obstacles.

Le développement durable pour Haïti, comme partout ailleurs, devra passer par le développement de l’Humain, par la formation du citoyen. La promotion et l’investissement dans l’Education- canal de transmission des valeurs- contribuera à façonner cette autre Haïti où règnera l’égalité des chances, à l’abri des déterminismes sociaux ; facteurs en mesure de contribuer de manière majeure à l’éradication de l’emprise de l’extrême pauvreté, à la réduction des inégalités et à l’approfondissement de la démocratie tant politique que sociale dans le pays.

Ce renouveau ne saurait se limiter au domaine social, mais aussi, doit s’appuyer sur une économie en croissance très compétitive. Mais pour y arriver, il est temps pour nous de tracer le fil de notre Histoire, trop souvent guidé par les caprices « d’experts de tout horizon ». Il est temps que dans les écoles, les universités, dans tous les milieux du pays, que nous agissions pour dire non à l’obscurité sous toutes ses formes, pour enfin faire jaillir l’éclat de notre conscience collective qui annonce l’aube de la Liberté et de la Dignité pour tous.